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Baaba Maal : odyssée d’une vie et ce que le film n’a pas révélé de l’artiste et de l'homme.

Posté par: Oumar ndiaye| Jeudi 13 novembre, 2014 13:04  | Consulté 30643 fois  |  3 Réactions  |   

Le film documentaire passé hier soir sur le RTS est bon mais il ne montre pas l’essentiel. Le story-board, certainement négocié, le format et ses exigences, obligent à porter des choix. Des coupes ont du être portées sur des points sensibles. Le réalisateur Baba DIA a le mérite d’avoir montré certains aspects de la vie de Baaba Maal. Mais pour lever davantage le voile sur des recoins de la vie et de l'oeuvre de l’artiste et de  l’homme Baaba Maal, il y a des voix qu’il fallait entendre et  des images qu’on ne pouvait ne pas montrer. L’homme intrigue, l’artiste suscite des passions mais il est aussi un patrimoine de toute une collectivité. Comme on le dit si bien au Fouta, «  il ne s’appartient plus », «  O nattii jeyde hoore makko ».

Bab’Maal est prophète parmi les siens. Il est un peu comme un guichet automatique de banque, il suffit de faire la queue devant la porte de sa maison pour y retrouver une foule hétéroclite d’hommes et de femmes munis d’ordonnances  médicales, à la recherche de la dépense quotidienne ou d’un billet pour le Fouta ou le Congo. L’artiste initie, finance, fait du fund raising pour des projets de développement de son terroir. Le film du réalisateur DIA a le mérite de surligner ce qui, pour d’autres, relève déjà de la redondance, une lapalissade. C’est un pléonasme de dire que l’artiste est fidèle en amitié en mettant un gros plan sur sa relation singulière avec Mansour SECK. Pour témoigner de sa générosité, Didier AWADI en super Danaan a fait dans les aveux. Bien.

Si son fils, Oumar (Paix à son âme) n’a jamais été exubérant, c’est qu’il a été à la bonne école de son père. L’artiste n’a jamais usé de son statut et de sa renommée comme bouclier et passe droits pour  abuser et en imposer aux autres. Baaba Maal est très respectueux, plein d’égards, très sensible (artiste) à son environnement humain dans sa diversité et sa complexité. C’est  ce qui, malgré sa fonction sociale de Naalanké, lui vaut d’être le bienvenu dans toutes les maisons des grands marabouts et dignitaires religieux du Fouta, de Fanaye à Bondji, de part et d’autre des deux rives du fleuve Sénégal. Il fallait en témoigner.

Mais Baaba Maal et  sa musique, c’est avant tout cet ancrage culturel  qui a sauvé toute une jeunesse urbaine originaire du Fouta d’une certaine schizophrénie. Dans les dédales de la modernité et de l’urbanité, les bandes de jeunes, filles et garçons, les associations de ressortissants des villages allaient aux concerts  au Stade Amadou BARRY plus que  pour  le divertissement. C’était un pacte de fidélité dans les retrouvailles afin de se retrouver humainement. Tous étaient en quête de récréation, de sauvegarde et de fortification d’une identité personnelle et collective. On allait voir Bab’Maal pour exister socialement, se sentir appartenir à un groupe social et fouetter son estime de soi. On y allait pour voir et se faire voir et on se préparait en conséquence.  A la sortie d’un concert du Daande Lenol, le petit cireur, le vendeur à la sauvette, l’ambulant vendeur de journaux et les autres plus nantis se mettaient immédiatement à appeler au Fouta, demander des nouvelles du terroir, discuter de la pluviométrie et de la crue du fleuve. Ils  affrontaient, le lendemain la ville avec beaucoup plus de courage et de détermination pour envoyer des mandats plus consistants au Fouta.  Les classes d’alphabétisation de l’ARP accusaient plus de ponctualité et d’assiduité des apprenants pendant un bon bout de temps. Les réunions se multiplient à la Maison du Pulaar à Guédiawaye.

Dans la fièvre du Set Setal  des années 90, Bab’Maal et sa musique ont été le seul facteur déterminant de l’implication de toute la jeunesse de Yeumbeul et de la grande Banlieue, le prolongement naturel du Fouta à Dakar, dans ce vaste mouvement de réappropriation de l’espace urbain par les populations. Le monument de Bab’men Maal a trôné pendant plus d’une décennie à Yeumbeul Halpulaar dans le quartier de Alpha NDIAYE. Je laisse l’analyse de ses aspects de civilisation en suspension sur la satisfaction du besoin d’appartenance aussi important et déterminant que la respiration.  La marmite ne saurait contenir tout ce qu’il y a de bon à cuire d’un taureau, à la décharge du réalisateur (à suivre)

 L'auteur  oumar ndiaye
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Mots Clés: Sénégal, Fouta, Dakar, Baaba Maal
Commentaires: (3)
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Sidi En Novembre, 2014 (15:15 PM) 0 FansN°:1
C'est bien de reconnaitre ainsi les qualités d'un concitoyen. "Wax sa baaxu way,du yax ci sa mbaax dara" Reconnaitre les qualités de quelqu'un ne réduisent en rien les tiennes". Je suis ému par ce témoignage spontané et désintéressé. D'autant plus que "li duuf ci nak wi, xajul ci cinn li".
Barousadio@sidi En Novembre, 2014 (16:13 PM)0 FansN°: 1764891
merci Sidi comme d'habitude je reconnais en toi l'homme, le remède de ses semblables
HAGH En Octobre, 2015 (10:22 AM) 0 FansN°:2
Très bon commentaire de la part d\'un vrai foutankais. Merci de nous parler de l\'homme BAABA mAAL. Il a marqué son temps en tant qu\'homme (par son humanisme, sa clairvoyance, son amour pour la nature, l\'environnment et la culture pular en général), en tant qu\'artiste (chanteur, compositeur, danseur) et n\'a jamais voulu se marier pour ne pas faire souffrir la femme par ses absences en tant qu\'artiste tout le temps en déplacement, en tournée dans des concerts. Longue vie à BAABA BAYDI MAAL.

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oumar ndiaye
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