Le Festival de danses et Folklores de Louga a modifié considérablement mon regard sur le patrimoine culturel Sénégalais. Mon regard biaisé d’acculturé/déculturé par la scolarisation a toujours scruté nos valeurs, nos expressions et autres objets- symboles à travers un prisme presque touristique. Or Seul le regard interne, en effet, confère le statut de patrimoine à un objet ou une valeur et cela à travers une expression linguistique bien locale. Et nos langues locales véhiculent de ces expressions qui traduisent amplement nos complexes culturels : une belle maison est une maison de TOUBAB ; des enfants polis, propres et bien habillés sont des enfants de TOUBAB ; quelqu’un qui refuse de se compromettre est qualifié de TOUBAB ; un homme bien est ARABE ! Nous allons être arabisés avant d’entrer au PARADIS….. Nos rapports avec DIEU (prières, incantations) se tissent dans des langues étrangères dans des endroits à l’architecture étrangère, remplis de symboles étrangers. Les poupées de nos filles sont des demoiselles blanches, blondes aux yeux bleus et les héros de nos garçons sont tous étrangers à notre terne réalité culturelle. Le TRAVAIL, le dur labeur est fait pour les moins que rien. Les vrais hommes gagnent leur vie et nourrissent les autres qu’ils font travailler en les driblant impunément. Le bien mal acquis reste un bien pourvu qu’il soit acquis…..
L’un des festivaliers me disait que les « deux îles de la presqu’île » de DAKAR symbolisent à elles seules les « drames cornéliens » sénégalais. Au Nord ouest, NGOR (Noblesse par essence) est la Valeur fondamentale et au sud ouest, GOREE (Noble dans l’expression) est l’action transformatrice qui traduit en objet cette valeur cardinale Sénégalaise : en toute circonstance, se souvenir que Ngor ne s’exprime que dans Gorée. Mais entre les deux il y a la ville de Dakar(Le tamarinier), la cosmopolite, polysémique, l’arbre au fruit amer, sucré, doux et piquant à la fois qui déteint ses valeurs relatives sur les actions à la fois transformatrices et expressives. Or donc nous notons que de l’absolu Ngor à la relative Gorée, il y a les illusions existentielles de Dakar. La valeur se frotte ici aux dures réalités quotidiennes pour donner naissance à l’expression et l’action qui l’incarne. Laissons Platon Guissé conduire ces dialogues philosophiques et revenons à notre malaise.
J’avoue que je ne suis pas si fier de notre mémoire collective en patchwork, comme ces boubous excentriques pour originaux locaux et touristes étrangers. Nous souffrons tous d’ambivalence d’où nos rapports avec les langues officielles et cultuelles que sont le français et l’arabe, langue étrangères de domination et de colonisation et non moins langues qui aujourd’hui expriment et confèrent savoir et pouvoir pour moins de 15% des Sénégalais. Même si ma langue maternelle parlée par plus de 60 millions de personnes dans 18 pays au moins ; cette langue qui a nourri Sheikh Oumar, El Hadji Malick Sy, Baye NIASS, Cheikh Ahmadou Bamba et Macky SALL ne me permet même pas de blogguer avec mes concitoyens.
Le malaise est profond tellement nous sommes conscients que notre chemin vers la mondialisation mène droit à une schizophrénie. Le même type de malaise que travailler comme agent du Ministère de la Justice me donnait avant l’arrivée à la tête de ce département de Madame Aminata TOURE.
Nos musées, nos sites historiques sont plus formatés pour plaire à l’œil du touriste étranger que pour exprimer notre mémoire collective. Même nos musiciens se laissent aller à des arrangements musicaux dits WORLD pour mieux vendre et tourner à l’étranger qui rapporte plus.
Dans cette cacophonie j’ai entendu une voix sur une voie très convaincante à TOUBA. Elle prône des valeurs qui vont réinventer notre patrimoine. Elle appelle à une acceptation de soi dans un réalisme froid de notre citoyenneté du monde à travers une rupture sur notre manière idéaliste béate de concevoir nos expressions et nos rapports avec nous même. Elle encourage la recherche d’un dépassement de soi, par l’éducation, la formation, le travail sérieux dans la légalité, de l’acquisition du savoir, des biens à investir dans le développement humain. Elle invite à un désengorgement de nos villes de toute cette jeunesse abrutie par l’attente d’une opportunité de transgresser nos valeurs pour s’en sortir (vol, détournement, vieux ou vieille touriste à tromper). Cette voix nous dit que la terre ne ment pas et que seule notre agriculture nous servira de levier de développement. Et cette voie a raison : c’est le Mouridisme. Il restera à traduire le Mouridisme qui est Ngor par des actions du Mouride qui devra atteindre Gorée sans passer par DAKAR mais bien TOUBA. D’où l’impératif catégorique que traduit l’appel du Cheikh pour un retour à la TERRE et à l’Agriculture combiné à l’éducation et la formation. xelcom= savoir/esprit et développement= xel ak komkom ! MBACKE, nous ne pouvons que dire en route ! ila TOUBA.
oumar ndiaye