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Thioukkel SAM: Génie musical du Fouta ou la liberté en bandoulière(suite et fin)

Posté par: Oumar ndiaye| Samedi 09 avril, 2016 16:04  | Consulté 2838 fois  |  0 Réactions  |   

L'artiste n'a jamais été égalé jusque-là dans son domaine et certainement pour longtemps encore. Le musicien-chanteur avait eu  le   courage de payer à sa liberté assumée le tribut qu'il fallait pour conserver  la prouesse d'avoir la passion toujours joyeuse. Sa présence chassait la tristesse de tous les endroits où il mettait les pieds, même aux cimetières. Tous ceux qui le menaçaient de mort  ou d'autres punitions suspendaient leur colère et  se mettaient à rire et à plaisanter dès qu'il le croisaient.  Un génie protecteur lui avait été attribué pour dédouaner tous les lâches qui ne  s'en prenaient à lui qu'en son absence.

Tioukkel SAM a incarné, dans toute sa générosité, l'expression la plus sublime de la liberté et sa vie, jusqu'à terme, n'a été qu'un voyage philosophique et artistique. Il a fini sa vie, gaie et tumultueuse, après une longue maladie des suites d'un AVC, qui selon certains de ses détracteurs, serait les conséquences de ses nombreux clashes avec l'establishment maraboutique du Fouta.

Un discours nouveau invitait le Fouta à se débarrasser de ses us et coutumes afin de mieux  assimiler la religion islamique. L'universalité de l'islam pour les prédicateurs de l'époque ne saurait s'accommoder de certains traits culturels tels les prénoms(Samba, Demba, Coumba, Tacko, Ndiobbo etc) et surtout des expressions artistiques(chants, danses, poésies). Il fallait briser tous les instruments à cordes et à vents et que plus jamais un son de tambour ne perturbât la quiétude de ceux qui méditaient, chapelets à la main, en invoquant les Sublimes Noms d'Allah.  La seule chanson, la seule versification, tolérée ne pouvait être qu'à caractère religieux ou laudateur à la gloire d'un Cheikh et de sa famille(Sanctifiée).

L'art et la musique étant les derniers remparts des valeurs culturelles, les religieux avaient décidé de les y déloger à grand renfort de malédictions pour tous les artistes. Souvent, Thioukkel  SAM avait été invité à mettre sa belle et puissante voix au service de la religion en ne devenant ne serait-ce qu'un muezzin, appelant  à travers des mégaphones du haut d'un minet les fidèles à la prière. C'était mal connaitre l'homme. Tioukkel SAM n'était militant d'aucune cause, il était certes musulman pratiquant mais n'était disciple d'aucun maître, se contentant juste de poursuivre son VOYAGE au rythme du Bhanguini ouvert aux influences du monde de l'Inde aux Amériques.

Ce refus de rentrer dans les colonnes lui avait valu beaucoup de désagréments. Le  moindre des bâtons dans les roues de sa calèche fut l'interdiction qui lui avait été faite  de se produire en public dans beaucoup de villages. En effet, il était coutume de déclarer que les musiciens et leurs publics et les parents et les civilement responsables de tous ceux qui assistaient aux concerts étaient passibles des malédictions les plus atroces entre les mains des démons des enfers. L' artiste se défendait avec ses diatribes  du mieux de son talent en faisant rire son public et scandaliser les oreilles sensibles,  tellement il arrivait à caricaturer à coups sublimes de gros mots ses pourfendeurs enturbannés.

La beauté cruelle de cette bataille  ne s'apprécie mieux que quand on constate  aujourd'hui avec quel effort et quelle frénésie tout chanteur s'évertue à composer un tube à la gloire d'un marabout aux vertus supposées protectrices et des plus élevées. L'époque(années 70) avait eu son lot de repentis qui s'étaient mis au service de la foi en tressant des lauriers pour broder les hauts faits des dignitaires religieux. Les prédicateurs musulmans du Fouta de brandir alors comme des trophées les grands artistes qu'ils auraient poussé au repentir.

 La pratique artistique étant en soi considérée comme un grand pêché, une invite  à la  débauche adressée à la jeunesse, le musicien était forcément considéré comme un suppôt du diable.  Le néo-converti devrait alors renoncer à tout ce qui faisait sa renommée, son style de vie y inclu, se raser  la tête, changer de garde-robes et rejoindre les rangs. Les plus chanceux se voyaient, au plus, autorisés à composer des vers à la gloire de leur Cheikh et du Prophète(PSL) ou devenir porte-parole. C'était le prix à payer pour échapper aux flammes de l'enfer.

Mais Banndou Bydané, lui savait que ce Thierno-là ne devait plus avoir toute sa tête pour dire que le chemin du paradis ne passe pas par les arts et  par la musique surtout pas. Et il avait osé aller plus loin encore dans ses répliques à tous ceux qui le menaçaient lui et son public de la damnation. Finalement,  ce conflit larvé entre lui et les marabouts sera ce qui aura le plus marqué les esprits de l'époque. Evidemment ce sont les refrains du chanteur  que les pileuses de mil reprenaient à l'ombre des arbres et que les lavandières  déversaient le long des berges du fleuve Sénégal." Caressons-le pour calmer notre marabout car c'est encore la veille du vendredi et encore  la bouteille d'encre risque de subir les assauts".

Cette liberté de ton faisait que sa musique passait rarement à la radio ou alors le technicien surveillait comme lait au feu, le doigt sur le bouton, prêt à couper le son à tout moment. Et c'est ce qui ne passait jamais à la radio qui était repris par tous les jeunes filles et garçons au grand dam des "Bhaniguinoobés" qui ne cessaient de s'époumoner en  critiquant en vain l'œuvre de Thioukkel SAM.

Il a prouvé qu'il n'y a pas d'art sans liberté, Paix à son âme.

 

 L'auteur  oumar ndiaye
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oumar ndiaye
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