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Thioukkel SAM, un Génie musical du Fouta, copier par tous mais jamais égalé(1)

Posté par: Oumar ndiaye| Mercredi 16 mars, 2016 19:03  | Consulté 2949 fois  |  9 Réactions  |   

Voici ce que Ibrahima SECK, Historien, Enseignant-Chercheur à l’UCAD et à Peneliti  au Whitney Plantation Musuem of Slavery (USA) a écrit sur l’artiste : « Thiouckel Sam fut un chanteur, auteur, compositeur du Fouta Tooro (Une région du nord du Sénégal et du sud de la Mauritanie) qui marqua la chanson Pulaar et qui excellait dans un style musical du Fouta Tooro nommé « Banguini » Il possédait un phrasé très libre. Il était un véritable maître du Rock’n’Roll Pulaar (Peul). C’est dommage que ce talentueux musicien n’ait pas eu le bon environnement pour s’épanouir. Il a influencé beaucoup de musiciens du Fouta comme Sidy Bailel Thiam, Baaba Maal… »

 « Qui pile le mil sans chanter les louanges de son frère a moulu sa graine en vain. O vous jeunes filles, devant vos mortiers portez loin la gloire de vos frères. » C’était les années 70 et « Madame Moulin » n’avait  pas encore inondé le Fouta de ses dons qui allégèrent tant les charges domestiques des femmes du monde rural. Dans l’espace musical et culturel du Damnga, un génie avait fait son apparition qui troubla plus d’un tout en déréglant  les normes bien établies. Et voilà comment l’artiste se décrivait lui-même : Chevelure ébouriffée sans être fou, gringalet sans jamais avoir eu faim, provocateur qui se moque de vos colères vaines. Thioukkel SAM, le frère de la jeune Bydane(TioukKel Sam Banndou Bydané), de son vrai nom Amadou est originaire du village de Séno-Palel, dans l’actuel département de Kanel, région de Matam/Sénégal.

Griot de naissance, il avait défié une norme fondamentale en décidant de devenir musicien-chanteur au grand dam de sa famille issue d’une longue lignée de guitaristes-généalogistes à la réputation immaculée. Il avait osé chanter autre chose que le Alamari, jouer autre chose que les classiques du Yeela, du Goumbala, du Mali Sadio, du Fantang et du Yooli-yooli. Après son initiation  à la guitare traditionnelle, le Hodhdou(xalam) au Mali(Soudan français) auprès d’un grand maître, le voilà qui blasphémait en chantant des chansons de lieux communs, des chansons de tout le monde que les jeunes filles popularisaient à la place du village.

La musique du Fouta n’est pas rattachée qu’aux griots. Dans ce contexte socioculturel où Chaque groupe social possède un hymne, air musical et chant, qui lui est propre,  communément appelé « Léébhol », tout style musical est une possession exclusive d’une caste. Pour les hymnes,  Mali Sadio aux Soubalbés pêcheurs, Yooli-Yooli aux Diawanbés, Fantang aux Peuls-bergers…et même les plus valeureux parmi les captifs ont leur Mahari pour doper leur ego. La musique n’était pas alors qu’une simple question de divertissement. Elle servait d’identifiant au groupe social, de véhicule de connaissances et savoirs divers mais surtout de moyens de médiation avec les esprits et les ancêtres. Que ce soit en mode aca-pela  ou avec instruments, le Pekaan était chose des Pêcheurs, le Goumbala réservé aux Sébbés, le Dilléré pour les tisserands etc… Les musiques de simple divertissement étaient  pour les bon-à-rien de troubadours ou alors les princes maudits des grandes familles du terroir. Et un Griot ne s’adonne pas à cette musique de profanes tout juste bonne pour la place du village.

Qu’il ait une chevelure jamais peignée, jamais rasée était encore moins scandaleux que cette fâcheuse façon qu’il avait d’agresser son instrument à corde qui devenait sous ses doigts à la fois percussions et même instrument à vent. Thioukkel jouait aussi de ses dents sur les cordes et percutait de ses ongles et du bout des doigts la peau qui recouvre le bois de sa guitare. Il s’inspirait des afro-américains James Brown et Chuck Berry. Ses mélodies prenaient racine dans les refrains d’Al Bela, l’Hindou. Ce Cocktail explosif, sex-machine combiné à Nahi mo hbatikhan, à la sauce Pulaar avait donné le « Bhanguini » qui veut dire «  pas de quoi fouetter un chat ». En laissant libre champ aux « Bhanguinoobés » qui en rajoutaient plus que de besoin, lui jouait et chantait son « Bhanguini » au grand bonheur de ses milliers de fans de Nguenté Boki à Dakar au grès de ses va-et-vient ponctués par son shout fétiche : « Thiouko routo », reviens sur tes pas Thioukkel, comme pour signifier que jamais il ne reculait !  L’homme était plus que déroutant.

Une adversité sournoise l’avait opposé au « Nguewil » du Fouta, sa famille, sa lignée qui s’estimait bafouée par son choix inédit. Que ne pouvait-il pas rester Grand griot, partout primé par sa virtuosité et son talent de communicateur et de médiateur social. Thioukel répondit par le style « Pas de quoi fouetter un chat » dans un jeu musical aussi libre que son phrasé, il assumait. « Ala fof ko bhanguini dum » et personne n’était à l’abri de ses diatribes. L’homme était épicurien et chantait son bonheur d’avoir les plus belles parmi les griottes comme épouses. A chacune des trois, il avait donné un surnom bien évocateur de sa gourmandise : Pastel, bifteck, mayonnaise. «  Debbo fof ko debbam buri » mon épouse est la meilleure des femmes et vous seriez d’accord si seulement vous pouviez la voir avec  mon regard. Debbo fof ko Pastel buri, so buraani kam buranimi ».

 Abordant des thèmes classiques, migration (Wala fenndo), protection de l’enfance(Délliya) et les louanges, Thioukkel chantait l’amour, la nature, l’amitié, l’aventure et aimait divertir son monde. Il pratiquait l’ «explicit lyrics » avant le mot. La conclusion de son  fameux périple musical du Fouta, au Sahara et qui s’est terminé à Dakar sur le lit d’une jeune fille qui criait «  arrête je n’en peux plus, mon entre-jambe est en feu » en dit long sur sa liberté de ton. Et son public aimait et les censeurs censuraient et les Bhanguinoobés continuaient mais l’artiste persévérait. Rythmes et cadences sur son Hodhdou et il se moquait des guitaristes orthodoxes qui critiquaient son jeu. Il répliquait que ce n’était là que par crainte du panaris que les autres ne heurtaient pas l’instrument.

Il se savait détenteur de droits d’auteur sur ses compositions bien avant le BSDA.  Sur scène, devant son public, il n’hésitait pas à insulter de mère tous les artistes qui reprenaient ses tubes sans son autorisation. Dès l’entame d’un enregistrement, il lançait son avertissement : « face-à-face » au diable le piratage ! Ceux qui s’adonnaient au « Banda simminam » en prenaient pour leur grade de pirates. En Pulaar et en wolof, il les insultait, insultait leurs mères et pères et prenait Dieu à témoin qu’il ne leur pardonnerait jamais le tord qu’ils lui causaient en copiant à des fins commerciales ou privées  ses œuvres. Il lançait de sa voix grave de rockeur, et en français s’il vous plait,  Bhanguini c’est pour moi. C’est le fruit de ma  guitare, ma voix et l’amour de mes femmes comme source d’inspiration, que Dieu vous punisse pour vos pirateries.

ThioukKel Sam jouait assis sur une natte au milieu de son public et ses concerts étaient très animés. Le spectacle était assuré par tous. Il jouait de sa guitare et chantait, le public battait des mains, dansait et assurait les chœurs. Entre l’intro musical et le début de la chanson, il lançait au public : Yo Kelle e daade mon njaahdu «  que vos battements de mains rythment la cadence musicale du chant ». Gare aux fausses notes……. il t’en balançait de ses injures. Que peut bien faire le coléreux face au provocateur.

C’était difficile d’admettre qu’un seul musicien puisse faire autant de chose à la fois et l’ambiance était telle qu’on jurait que d’autres guitaristes invisibles lui venait en accompagnement. De temps en temps, au plus fort de son spectacle, il se levait, procédait à des acrobaties, trépignait sans jamais s’arrêter de jouer, sans aucune fausse note. Et le « Thiouko Routo » se transformait en « Thiouko pousse ». Et il poussait la provocation encore plus haut à des dimensions quasi mythiques…..(à suivre)

 

 L'auteur  oumar ndiaye
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Commentaires: (9)
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Baba En Mars, 2016 (11:03 AM) 0 FansN°:1
Merci d avoir fait renaître notre thioukel Sam. Je crois plutôt qu il est de kanel.moi ou se trouve leur maison familiale.baba
Auteur@Baba En Mars, 2016 (15:29 PM)0 FansN°: 2561837
Banndou Bydané est bien de Séno-pâlel. Il lui est arrivé de séjourner durant certains saisons sèches à Bow(où je l'ai connu et vraiment bien apprécié). qu'il ait élu domicile à Kanel, Horndoldé ou Maghama(Mauritanie) ou à Matam, c'est bien possible.
Baba En Mars, 2016 (11:03 AM) 0 FansN°:2
Merci d avoir fait renaître notre thioukel Sam. Je crois plutôt qu il est de kanel.moi ou se trouve leur maison familiale.baba
Baba En Mars, 2016 (11:03 AM) 0 FansN°:3
Merci d avoir fait renaître notre thioukel Sam. Je crois plutôt qu il est de kanel.moi ou se trouve leur maison familiale.baba
Baba En Mars, 2016 (11:03 AM) 0 FansN°:4
Merci d avoir fait renaître notre thioukel Sam. Je crois plutôt qu il est de kanel.moi ou se trouve leur maison familiale.baba
Baba En Mars, 2016 (11:03 AM) 0 FansN°:5
Merci d avoir fait renaître notre thioukel Sam. Je crois plutôt qu il est de kanel.moi ou se trouve leur maison familiale.baba
Anonyme En Mars, 2016 (19:25 PM) 0 FansN°:6
Professeur, merci pour ce brillant temoignage sur ce type musical inconnu de la nouvelle generation, qui se traduit continuellement dans ces sonorities dites modernes..
Anonyme En Avril, 2016 (11:02 AM) 0 FansN°:7
bonjour
Excusez moi pour ma question mais svp est ce que tous les Sam sont des griots? je ne veux offenser personne mais c'est juste pour savoir
encore désolée et merci de me répondre
Auteur@anonyme N°7 En Avril, 2016 (07:44 AM) 0 FansN°:8
Attention......Le SAM en Pulaar n'est pas le SAAM. Le SAM est l'équivalent du SAMB alors que l'autre SAM qui devrait s'écrire Sâm est un patronyme Diawando comme Bassoum, Daff, Lah, Bocoum.
Il y a trop de confusion avec le plaquage des néo-urbanités sur la réalité pularaphone souvent malmenée par les autres qui pensent que tout Foutanké qui se réclame d'une certaine noblesse est forcément " TORODO SAMBA NGAARI JAMBAR" pour ne pas dire " SAMBA NGAARI JAMAA"  :) 

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oumar ndiaye
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